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Sam Altman : Il prêchait la régulation de l’IA, la combattait en coulisses, quémandait l’argent des émirats et a fait enterrer l’enquête sur son licenciement, selon une enquête de 18 mois sur le PDG d’OpenAI

Dix-huit mois de travail, plus de 100 sources, quelque 200 pages de documents internes jamais divulgués. Les journalistes Ronan Farrow et Andrew Marantz publient dans The New Yorker ce qui constitue à ce jour la reconstruction la plus documentée de la gouvernance d’OpenAI et du caractère de son PDG. Le verdict, formulé par ses propres ex-collaborateurs : Sam Altman ne peut pas être digne de confiance.

Le 6 avril 2026, Sam Altman vivait une journée schizophrène. Le matin, OpenAI publiait un document de treize pages intitulé « Industrial Policy for the Intelligence Age », un appel solennel aux gouvernements du monde entier à réformer leur fiscalité, leur politique du travail et leurs systèmes de protection sociale pour anticiper l’avènement de la superintelligence. L’ambition était galactique, le ton messianique. Altman comparait lui-même le projet au New Deal de Franklin D. Roosevelt. Dans l’après-midi, The New Yorker publiait son enquête. La juxtaposition était saisissante au point d’en être comique : d’un côté, l’homme qui se pose en architecte du futur de l’humanité ; de l’autre, le portrait que dressent de lui des dizaines d’ex-collaborateurs, partenaires et membres de son conseil d’administration, celui d’un dirigeant pathologiquement incapable de dire la vérité.

L’enquête arrive précisément au moment où OpenAI demande au monde de lui accorder davantage de capital, d’infrastructures et d’accès à des systèmes critiques que n’importe quelle entreprise d’IA ne l’a jamais fait. Le contraste n’a pas échappé à ses critiques.

Dix-huit mois d’investigation, des dizaines de sources

Ronan Farrow et Andrew Marantz ont passé un an et demi sur un seul sujet. Ils ont examiné des mémos internes jamais divulgués, obtenu plus de 200 pages de documents liés à un proche collaborateur d’Altman, dont des notes personnelles détaillées, et interrogé plus de cent personnes. Le résultat constitue la reconstitution la plus précise jamais publiée des événements qui ont conduit le conseil d’administration d’OpenAI à renvoyer Altman en novembre 2023, et de la question centrale qui sous-tend ces événements : le conseil avait-il raison de dire qu’il n’était pas digne de confiance ?

Les deux pièces maîtresses de l’enquête sont des documents internes restés confidentiels jusqu’ici. Le premier est un mémo d’environ 70 pages compilé à l’automne 2023 par l’ancien directeur scientifique d’OpenAI, Ilya Sutskever. Il contient des messages Slack, des documents RH et des captures d’écran prises depuis des téléphones personnels, prétendument pour contourner la surveillance des appareils professionnels de l’entreprise. Le document s’ouvre sur une liste intitulée « Sam présente une tendance constante à… » dont le premier item est : « Tromperie ». Le second est un ensemble de plus de 200 pages de notes personnelles rédigées par Dario Amodei, alors responsable de la sécurité d’OpenAI, avant qu’il ne quitte l’entreprise pour fonder Anthropic. Sa conclusion, formulée sans ambiguïté dans ces notes : « Le problème avec OpenAI, c’est Sam lui-même. »

Un patron qui manipule depuis ses débuts

L’enquête de Farrow et Marantz ne se limite pas à l’épisode du licenciement de 2023. Elle remonte aux origines de la carrière d’Altman pour y déceler un même schéma récurrent. Des employés seniors de Loopt (sa première startup, un service de partage de localisation aujourd’hui disparu) ont demandé au conseil d’administration de le renvoyer en raison de problèmes de transparence. Les mêmes accusations l’ont suivi jusqu’à Y Combinator, qu’il a dirigé pendant cinq ans avant d’en être écarté pour des raisons de méfiance. Y Combinator a contesté les termes en affirmant qu’il n’avait pas été licencié, mais simplement invité à choisir entre l’accélérateur et OpenAI.

Parmi les témoignages cités par The New Yorker, l’un des plus cinglants est attribué au regretté Aaron Swartz, militant du web libre et co-fondateur de Reddit, qui avait côtoyé Altman lors de ses débuts à Y Combinator. Swartz l’aurait décrit comme « un sociopathe » qui « ne peut jamais être digne de confiance ». D’anciens membres du conseil d’administration d’OpenAI reprennent ce vocabulaire. Un ex-administrateur l’a directement qualifié de « sociopathe », décrivant quelqu’un qui possède « deux traits qu’on voit très rarement chez une même personne » : un désir intense d’être apprécié, couplé à une « indifférence sociopathique aux conséquences » de ses actes.

Altman, pour sa part, réfute toute tromperie délibérée. Dans plus d’une douzaine d’échanges avec les journalistes, il a décrit ses positions changeantes comme une « adaptation bien intentionnée » à un environnement qui évoluait rapidement, attribuant les critiques anciennes à sa tendance à « éviter trop souvent les conflits ». À la question de savoir si diriger une entreprise d’IA exigeait un niveau d’intégrité particulier, il a répondu : « Oui, cela exige un niveau d’intégrité plus élevé, et je ressens le poids de cette responsabilité chaque jour. »

La sécurité : vitrine publique, réalité…
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