Les nouveaux défis des EAU dans la région du Golfe à la veille de l’expo 2020

Les Emirats Arabes Unis sont réputés aujourd’hui dans le monde entier comme l’exemple de ce que l’on appelle le miracle économique. Un pays crée en 1971 dans un climat désertique est considéré déjà en tant qu’une puissance politique, militaire et financière dans le Moyen-Orient. Les dirigeants de ce pays, ont pu faire émerger à partir du sable et de la poussière un pays dont le développement, la modernité et la prospérité irritent l’envie de ces voisins. Une fédération de 7 émirats traditionnels, sous le protectorat britannique, a pu s’imposer, dans la région du Golfe, dans les calculs stratégiques de grandes puissances régionales et internationales. Le mythe de Dubaï est déjà né même dans l’esprit des Occidentaux. Son aéroport est le hub central du transport aérien de la région. Les ports émiratis sont les terminaux maritimes essentiels des exportations et des importations des pays voisins. L’armée émiratie est équipée par des équipements les plus avancés de l’industrie militaire et de l’intelligence cybernétique. Ce pays a pu même devenir un producteur et exportateur d’armes. En bref, les EAU se classifient, de nos jours, en tant qu’une référence dans l’économie mondiale dans le XXIème siècle. Aujourd’hui, c’est Abou Dhabi qui dicte ses volontés aux autres membres de la Ligue Arabe. Et cette élégance ne se limite pas seulement sur la scène politique ou technologique. Dans l’art, l’architecture et le cinéma aussi les EAU sont devenus le prisme de la culture arabo-musulmane. Les Universités de ce pays rivalisent avec celles des Etats-Unis et de l’Europe. Et l’expo 2020 veut être un miroir de tous ces progrès extraordinaires des EAU.

L’émergence des EAU s’est distinguée plutôt dans les années 1990 et grâce aux investissements étrangers. Abou Dhabi doit peut-être ses premiers succès aux pétrodollars. Environ 30% du PIB de ce membre de l’OPEP est directement basé sur la production de pétrole et de gaz. Les EAU produisent 2296000 de barils du pétrole brut par jour. Mais il ne faut pas négliger le savoir-faire dans la gestion et les politiques intelligentes des dirigeants de ce pays. Contrairement à ses voisins arabes du Golfe qui sont des grands producteurs d’hydrocarbures, l’économie des EAU ne s’appuie pas uniquement sur les revenues pétrolières. En effet, l’économie bien pluralisée des EAU est basée sur les sources diversifiées comme le tourisme, le commerce et le transit.

Pour témoigner de la dynamique touristique des EAU, il nous suffit de rappeler que seulement au cours des neuf premiers mois de 2019, la ville de Dubaï a accueilli 12,08 millions de visiteurs internationaux, selon les derniers chiffres publiés par le ministère du Tourisme. Mais cet article n’envisage pas d’illustrer seulement des avancées économiques des EAU. L’on s’intéresse aux défis et aux menaces qui peuvent mettre en cause cette euphorie des leaders Émiratis.

Est-ce que les pays voisins peuvent perturber ce procès du développement économique brillant des EAU ? Le rival numéro 1 des EAU dans les années suivantes est sans doute le Qatar. Mais à quoi consistent des privilèges du Qatar ? Le Qatar est le concourant le plus sérieux des EAU dans le domaine économique. Cet émirat ultra-riche réjouit des mêmes privilèges qu’Abou Dhabi dans les domaines du tourisme et du commerce. Mais Doha outre ces potentialités partagées avec les EAU, peut compter sur ses immenses réserves énergétiques du gaz et du pétrole. Les EAU bien qu’il soit un producteur du pétrole mais le volume de ses réserves ne sont pas comparables avec celles du Qatar, le deuxième exportateur du gaz naturel dans le monde après la Russie. Le Qatar seul dispose plus de 12% des réserves du gaz naturel dans le monde. Ce qui se considère comme une richesse presque illimitée pour cet émirat. Les experts disent que le Qatar, dans le domaine du gaz, aura encore 141 années de production au rythme de 2018. Quant à la production du pétrole aussi le Qatar aura 37 années de production avec le rythme actuel. Contrairement aux EAU dont, d’après certaines estimations, les sources pétrolières vont s’épuiser dans moins de 18 ans.

Mais ces capacités financières ne sont pas les seuls avantages du Qatar par rapport aux EAU. La chaîne Al Jazeera, le bras médiatique du Qatar, joue un rôle important dans la dégradation de l’image des EAU dans le monde arabe. Une clause des revendications de la coalition anti-Qatar en 2017 concernait l’arrêt des activités de la chaine Al Jazeera. À cette époque, l’Arabie Saoudite a même fermé le bureau d’Al Jazeera à Riyad.

Un autre point de la divergence entre le Qatar et les EAU consiste à la définition différente de ces deux voisins arabes et sunnites sur la religion d’islam. Les EAU rejettent l’idée de l’Islam politique défendue par le Qatar. L’idéologie des Frères Musulmans soutenue largement par le Qatar est toujours considérée comme une menace stratégique par Abou Dhabi.

Durant la crise diplomatique du Golfe en 2017, la coalition anti-Qatar composée de l’Arabie Saoudite, les EAU, le Bahreïn et l’Egypte, accusait Doha de fiancer des structures terroristes au Moyen-Orient comme Hamas et Jibhat Al-Nusra. Ces pays critiquaient aussi le soutien que le Qatar a apporté en faveur des mouvements de la protestation durant le printemps arabe. Par ce point de vue idéel, le Qatar se veut un pionnier des pensées réformistes religieuses dans le monde arabo-musulman. En tout cas, le modèle émirati de l’islam s’adapte mieux au modèle neutre voulu par les USA et l’Europe, mais il n’est pas tellement apprécié par la communauté musulmane.

En tout cas, le Qatar se montre comme un défi du premier plan pour les EAU. Doha veut remplacer le rôle central de Dubaï dans les échanges commerciaux du Golfe. Mais le Qatar veut aussi dépasser les EAU dans les domaines culturels. Les Qataris ont confié la conception de leur musée national au même architecte français qui a dessiné le musée Louvre d’Abou Dhabi. Si les EAU pensent à leur « Expo 2020 » comme une vitrine universelle, le Qatar aussi compte sur la coupe du monde 2022 en vue d’exhiber ses potentialités et ses avantages économique, culturels et idéologiques.

Et les énormes compétences financières issues de l’exportation du gaz naturel ont offert au Qatar, la possibilité de ses manœuvres pharaoniques pour mettre en cause la réputation des EAU. Par exemple, les évènements sportifs organisés au Qatar donnent à Doha cette occasion de montrer au monde entier ses avancées et ses acquis dans l’économie. Dans le même alignement, la coupe mondiale 2022 de Doha sera un point de départ pour ce pays du Golfe.

Mais les menaces auxquelles s’affronte le Qatar ne viennent pas seulement du camp soi-disant ennemi. Dans le camp de ses alliées aussi le Qatar doit se méfier de certains concourants comme l’Arabie Saoudite.

L’Arabie Saoudite avec ses aspirations ambitieuses révélées dans le plan de la vision 2030 se classifie comme un autre rival des EAU dans la région. Le tourisme est un des premiers cas de la rivalité entre ces deux alliés arabes. Le royaume saoudien envisage d’accueillir 40 millions touristes (non-religieux) jusqu’en 2030. Mohammad Ben Salman veut transformer les ports saoudiens de la Mer rouge comme le Hub du tourisme et du commerce dans la région. En 2020, l’Arabie Saoudite va accueillir le Rallye Dakar qui sera démarré à Jiddah. Le projet de la mégalopole futuriste de NEOM, comme le modèle d’une Smart City, la construction d’un pont entre la péninsule arabe et le continent africain et plusieurs projets pharaoniques.

Ces programmes de MBS menacent profondément la prospérité et le développement de Dubaï et Abou Dhabi. Les approches séculaires de MBS, exhibées clairement lors des festivités organisées à Jiddah et à Riyad, le royaume saoudien veut préparer une ambiance favorable en vue de développer l’industrie du tourisme dans l’Arabie Saoudite. L’énorme dépense du ministre du tourisme de l’Arabie Saoudite et les publicités qui exposent les sites historiques de la péninsule arabe comme Al-Ula dont la campagne est démarrée à Paris en coopération avec l’Institut du monde arabe, constituent des signes qui mettent en scène des plans amitieux de MBS en vue de rivaliser avec les EAU dans les domaines touristiques. Alors, l’Arabie Saoudite, en captant des investissements étrangers, se montre déjà comme un rival mortel et une menace du premier plan pour l’économie des EAU.

À part du Qatar et l’Arabie Saoudite, les ports du Pakistan et de l’Oman aussi peuvent être considérés comme les rivaux sérieux des ponts des EAU dans les domaines commerciaux, touristiques et économiques.

Bianca Anton (@biancaanton4)