Les baisers volés, l’histoire des rapports secrets entre Israël et les EAU

Les Émirats arabes unis (EAU) ne reconnaissent pas officiellement Israël et les détenteurs de passeports israéliens ne peuvent pas entrer dans le territoire émirati. Les deux pays n’ont pas de liens diplomatiques officiels. Pourtant d’après certaines estimations, depuis les années 1990, les deux pays ont déjà établi des contacts confidentiels. Mais les relations entre les deux pays n’étaient pas toujours si heureuses. Ces relations se sont tendues en 2010 après que les EAU ont accusé le Mossad d’avoir assassiné Mahmoud al-Mabhouh qui était le co-fondateur des Brigades Ezzeddin al-Ghassam, la branche militaire du Hamas, et recherché par Israël pour l’enlèvement et le meurtre de deux soldats israéliens en 1989.
Fin novembre 2015, le gouvernement des Émirats arabes unis a accordé à Israël l’autorisation formelle d’établir un bureau diplomatique à Abu Dhabi. Cela signifiait un réchauffement dans les relations entre les deux pays. Mais les EAU ont accordé cette faveur à Israël plutôt pour faciliter l’adhésion de l’état hébreu à l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) dont le siège est à Abu Dhabi. Pourtant cette nouvelle était considérée dans le contexte de l’amélioration des relations israélo-Émiraties. Outre ce bureau diplomatique au sein d’IRENA, un document budgétaire d’Israël a révélé en 2013, que l’État hébreu se dispose pareillement d’un consulat secret aux EAU.

Un autre évènement-clé dans les relations Tel Aviv-Abou Dhabi s’est déroulé en novembre 2016. À cette date, l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Danny Danon, a effectué une visite secrète aux Emirats arabes unis pour assister à une conférence sous les auspices de sa position de président du comité juridique de l’ONU. La visite de Danon a été effectuée dans le cadre de mesures de sécurité strictes, afin d’éviter l’opposition de l’opinion publique.

En ce qui concerne les lien économiques, certaines entreprises israéliennes font des affaires aux EAU, et il y a une petite communauté des professionnels expatriés israéliens basés aux EAU. Il y a également des citoyens d’Israël qui détiennent la double nationalité et travaillent aux EAU en tant que citoyens d’autres pays.

En octobre 2018, Miri Regev, ministre israélienne de la Culture et du Sport, a effectué la première visite d’État d’un responsable israélien à Abou Dabi. Lors du déplacement de Mme. Regev l’hymne national d’Israël a été joué à la capitale Emiratie après que Sagi Muki a remporté une médaille d’or lors du tournoi international de judo d’Abou Dhabi. Une photo très symbolique de la ministre israélienne entourée par les responsables arabes a fait tollé sur les réseaux sociaux. Par coïncidence ou selon un plan déjà programmé, une délégation israélienne de gymnastique aussi s’est rendue au Qatar, le rival ennemi des EAU dans le Golfe, pour assister au championnat du monde qui s’est tenu à Doha. Peu de temps après la visite de Regev, le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara, s’est rendu à Dubaï pour une conférence sur les télécommunications.

Le réchauffement des relations entre Israël et les Émirats arabes unis a également été révélé dans les domaines religieux et a permis aux Juifs vivant à Abou Dhabi d’avoir le premier lieu du culte juif en EAU. Cette synagogue n’a pas de rabbin permanent, mais certains religieux juifs y rendent visite. Ross Kriel, un chef de la communauté juive d’Abou Dhabi précise : «L’attitude positive du gouvernement envers notre communauté montre qu’il veut que nous nous sentions à l’aise d’être ici, de prier et de faire des affaires ici.» Israel Katz, le ministre israélien des affaires étrangères aussi dans sa page Twitter a diffusé, il y a quelques mois, une vidéo dans laquelle il se baladait tranquillement dans la cour de la grande mosquée Sheikh Zayed d’Abou Dhabi.
Mais l’aspect le plus secret dans les rapports entre Israël et les EAU concerne le domaine du renseignement et de l’intelligence. Il y a une vaste coopération entre Israël et les EAU dans le domaine de la cyber-sécurité. La société émiratie DarkMatter qui travaille avec le service du renseignement des EAU embauche les ingénieurs israéliens de la célèbre division 8200 de l’armée israélienne. Il y a aussi des rapports commercial entre le groupe israélien NSO et les autorité émiraties. Ce groupe vend à Abou Dhabi des logiciels que cet état arabe utilise pour espionner les journalistes et les politiciens en EAU et dans les autres pays de la région. En particulier, les EAU avait recours au logiciel israéliens Pegasus en vue de mener ses cyber-attaques. D’après le site Emirates Leaks, déjà en 2016, Ahmed Mansour, un militant des droits de l’homme des Emirats arabes unis, avait été victime du logiciel Pegasus. L’homme purge actuellement une peine de dix ans de prison pour avoir publié des articles critiques à l’égard du pouvoir émirati sur les réseaux sociaux. Si NSO Group se fait particulièrement remarquer, elle n’est pas la seule entreprise israélienne à être au cœur de graves controverses. Black Cube est également accusé d’avoir espionné des membres de l’administration Obama alors en pleine négociation sur l’accord nucléaire iranien.
Les rapports secrets entre Israël et EAU ne se limitent pas seulement dans le domaine de la cyber-sécurité. Il y a quelques mois, les medias ont parlé d’un avion apparemment civil qui s’est décollé de l’aéroport militaire Al-Dhafra à la proximité de la capitale émiratie. Il s’agissait d’un avion civil équipé par les équipements très avancés de l’espionnage électronique. D’après un rapport de Haaretz, les EAU a obtenu cet avion dans le cadre d’un contrat secret de 846 millions dollars signé avec Israël par l’intermédiaire d’AGT International, une société israélienne basée en Suisse dirigée par Mati Kochavi, natif de Haïfa.

D’après les documents confidentiels révélés dans l’affaire Paradise Papers, la fourniture de 2 avions du renseignement et de la surveillance aux Émirats arabes unis n’est pas le premier projet de Kochavi pour ce pays: il était également à l’origine d’un projet visant à sécuriser les infrastructures et les réseaux routiers à Abu Dhabi. Des milliers de caméras et des lecteurs de plaques des voitures ont été installés le long de près de 1000 kilomètres des frontières des Émirats arabes unis et dans toutes les rues d’Abu Dhabi. Selon un rapport de Bloomberg, la plateforme d’intelligence artificielle d’AGT, dont le nom de code est Wisdom, analyse les images et les informations captées par les équipements israéliens installés en EAU.

Tous ces éléments, dans les sphères politiques, diplomaties, économique et dans le renseignement approuvent bien qu’Israël a déjà créé des rapports très étroits avec les EAU. L’horizon des relations entre Te Aviv et Abou Dhabi se montre complétement positif. Israël a annoncé qu’il participerait à l’Exposition universelle de 2020 à Dubaï. L’Expo 2020 se déroulera du 20 octobre 2020 jusqu’au 20 avril 2021 et devrait attirer quelque 25 millions de visiteurs dans les EAU. Le ministère israélien des Affaires étrangères, Israel Katz a déclaré qu’il se félicite « de l’opportunité de partager notre esprit d’innovation et d’entrepreneuriat et de présenter les innovations israéliennes et les technologies d’avant-garde dans divers domaines tels que l’eau, la médecine et les technologies informatiques ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a également salué la décision des organisateurs émiratis d’avoir invité l’État sioniste.

Bianca Anton (@biancaanton4)